Le saviez-vous? Toute les 4 secondes, une personne meurt de faim dans le monde. A peine le temps d'aller prendre une douche et vous brosser les dents et, sans que vous vous en soyez rendu compte, près de 300 personnes viennent de mourir. Vous vous installez confortablement dans un fauteuil à lire le journal et à écouter une symphonie de Rachmaninov et 2.000 personnes viennent de mourir.

Et dans le journal que vous lisez en écoutant cette merveilleuse symphonie, justement, on lit que les denrées alimentaires de base sont en train de flamber. Un exemple: le riz en Côté d'Ivoire, au Cameroun, au Sénégal, etc... a augmenté ces derniers mois de 300%.
On peut lire dans cette crise différentes raisons: les problèmes climatiques, les conflits politiques, les stocks mondiaux très bas et la spéculation sur les denrées. On peut également ajouter une diminution au niveau mondial de l'aide aux pays en développement.

Les USA débloquent une somme colossale pour la guerre en Irak. Selon une étude codirigée par Joseph Sitglitz, prix Nobel d'économie, la guerre pourrait coûter entre 1.000 et 2.000 milliards de dollars. "Ceci sans prendre en considération les pensions d'invalidité aux anciens combattants ou le coût de remplacement de l'équipement militaire et des munitions".
Ils consacrent au même moment 1,4 milliards de dollars à l'aide au développement.

Autres chiffres intéressant: "350 milliards d'euros, c'est la somme que les pays de l'OCDE consacrent chaque année aux subventions agricoles. Dans le même temps, ils versent 8 milliards d'euros pour soutenir l'agriculture des pays en développement".

Quant aux spéculations financières sur la nourriture de base, on peut l'estimer à tout le moins honteuse, et également, plus justement, criminelle. B. Dorgan, sénateur démocrate (USA) estime lui qu'il s'agit d'une "orgie de spéculation sur le marché des futures : c'est un casino permanent !"

La compassion politique fait maintenant son oeuvre: les gouvernements débloquent un programme d'urgence et une aide financière immédiate. Outre le fait qu'il s'agit entre autre encore de compenser par l'intervention publique les délires criminels de spéculateurs privés (bien que le problème soit quand même plus complexe que cela), on peut estimer qu'il y a dans cette "immédiateté" un manque de réflexion structurelle.
En effet, alors que l'ONU s'est fixé pour objectif de réduire de moitié le nombre de personnes mal nourries d'ici 2015 (objectifs revus à la baisse par rapport aux ambitions premières qui étaient d'enrayer la pauvreté), les mêmes pays ont fortement réduits leurs interventions de 8,4 % en un an (la France = -15%; la Belgique = -11,2%,...) («l'aide au développement a diminué en 2007, pour la première fois depuis 2000», déplorait récemment José Manuel Barroso, président de la Commission européenne). Même si cela s'explique en partie par le tarissement des annulations de dette des pays pauvres, on peut néanmoins s'étonner de vouloir faire mieux avec moins!

L'urgence me semble davantage dans la réflexion politique d'envergure et de long terme.
Il faut commencer par réfléchir à réguler les marchés financiers.

Comme le rappelle Fabien Bova, directeur général de l’ONIGC (voir "Le Monde" du 23 avril 2008) : “Alors qu’il y avait auparavant surplus de production, il faut dorénavant s’adapter à la rareté de la marchandise.” Son organisme estime que les céréales pourraient durablement s’inscrire comme valeurs refuges face au pétrole. Les matières premières agricoles se banalisent en tant qu’objets de marché”, résume M. Bova. Depuis 2004, les fonds spéculatifs ont commencé à s’intéresser à ce secteur, jugé sous-évalué, ce qui explique le développement des marchés à terme : à Paris, le nombre des contrats sur le blé est passé, de 2005 à 2007, de 210 000 à 970 000, aussi parce que les prix français sont désormais liés aux cours mondiaux. A Chicago, la majorité des contrats à terme n’aboutissent pas à des livraisons effectives. Et pour cause : les spéculateurs n’ont pas d’intérêt pour la marchandise elle-même, contrairement aux opérateurs commerciaux".

L'interdiction de la spéculation financière sur les denrées alimentaires de première nécessité est envisageable.
Et rappelons aussi qu'il faut envisager une taxe sur les spéculations de court terme ("taxe Tobin") afin de décourager la marchandisation absolue de la faim dans le monde. C'est une obligation morale.
Bien entendu, il y a une multitude de facteurs et qu'il faut agir sur chacun. Mais il me semble que le plus criminel est de vouloir faire de l'argent sur la faim des autres. Ce phénomène s'accentue avec la faim qui (cela était prévisible) est en train d'alimenter des émeutes partout dans le monde.

Et, en concluant ce petit billet, je me rend compte que près de 1000 personnes viennent de mourir!