La salope, La gardère et la bande à Bonnaud
Par Ricardo Cherenti, lundi 9 juillet 2007 à :: Je vous écris depuis ma chambre :: #59 :: rss
Savoir dire "non".
Vous vous souvenez du reportage publié dans "Paris-Match" sur les amours de Cécilia Sarkozy avec un admirateur new-yorkais? Pas content, Nicolas Sarkozy a sitôt téléphoné à son "puissant" et fortuné ami de toujours (celui-là même qu'il considère comme un frère) Arnaud Lagardère, le grand patron de presse.
Alain Genestar, Directeur de rédaction de Paris-Match est viré.
Le 6 mai, jour de l'élection présidentielle, Cécilia Sarkozy ne va pas voter. Le JDD (Journal du Dimanche) tient là un scoop et veut en faire son titre de première page. Coup de téléphone des proches de Sarkozy à Lagardère.
L'info n'est pas publiée.
Une place se libère au Conseil de surveillance du journal Le Monde. De qui parle-t-on pour occuper cette place? Guillaume Sarkozy, le frère du Président. A moins que certaines mauvaises langues finissent par penser que cela ferait mauvais genre. Mais il faudrait être de très mauvaise foi pour y voir un éventuel problème.
Ne parlons pas ici de TF1, à la solde du Président.
Oublions aussi l'épisode du livre qui devait être publié sur Cécilia Sarkozy et dont le Président à, à peine, demandé à son ami éditeur de ne pas le sortir.
Oubions également les "menaces" faites à Jean-François Kahn lorsque celui-ci publie dans le journal Marianne un article de fond intitulé "le vrai Sarkozy".
Lors de la campagne présidentielle, le journal La Tribune fait un sondage. Celui-ci se révèle peu favorable au candidat Sarkozy.
Coup de téléphone à qui de droit.
Le sondage ne sera pas publié.
Télérama fait une publicité sur le mode ironique à propos du Président.
Coup de téléphone.
La publicité sera retirée.
"Arrêt sur image", l'émission télévisée (France 5) de Daniel Schneidermann qui décortique les images télévisuelles, avait titillé la "com" du président et ses amis UMP par ses reportages en "Sarkozie".
L'émission est stoppée.
Daniel Schneidermann estime que l'arrêt de son émission est probablement due à "l'air du temps décomplexé" qui laisse à penser aux dirigeants qu'ils peuvent s'assoir sur les règles en vigeurs, sur la démocratie, sur la diversité et l'intelligence.
"Sarkozy en rêvait, France-Inter l'a fait" a-t-on pu lire dans certains (rares) articles. Bonnaud et sa bande sont virés.
"La Bande à Bonnaud" proposait tous les jours de la semaine, sur France-Inter, une émission culturelle qui donnait à penser, à réfléchir, une émission qui se voulait, selon les termes d'Antoine Vitez, "élitaire pour tous".
Ils avaient le tort de faire une émission intelligente et surtout de ne pas être pro-Sarkozy.
Voici ce que disait Frédéric Bonnaud dans sa dernière émission: "nous avons proposé ce que nous considérions comme le meilleur et nous pensions que le meilleur pour nous c’était le meilleur pour vous.Nous avons refusé de nous travestir, nous avons refusé le chantage, nous avons refusé d’obtempérer à la médiocrité ambiante. Ca ne fait pas de nous des héros, mais évidemment à un moment il faut en payer le prix, et c’est un peu ce qui est en train de se passer.”
Rappelons que le Président VEUT être le garant de l'indépendance des médias.
Après ces aperçus (loin d'être exaustifs) sur la totale indépendance des médias, je me laisse aller à savourer la dernière salve de Patrick Davedjian, Secrétaire général de l'UMP, à propos d'une élue Modem, Anne-Marie Comparini. Devant les caméras d'une télévision locale, TLM, Davedjian plaisante en ponctuant son intervention d'un élégant "salope".
Faut-il en faire un foin? Assurément, non. Il ne se pensait pas filmé et, bien que cela soit fort peu élégant, je suis d'avis que cela ne regarde que les deux intéressés. Par contre, ce qui est beaucoup plus savoureux, c'est que Davedjian voit dans la diffusion de cette séquence sur Internet "le signe du totalitarisme d'Internet" et "une menace contre la liberté individuelle" car il s'agit, selon lui, de la diffusion d'images volées lors d'une conversation privée (bien que la discussion se soit passée en pleine rue, dans un lieu public et avec une caméra visible qui faisait un reportage visible sur un nouvel élu).
Il se trouve que, paradoxallement, ce que prône l'UMP (et donc Davedjian) comme politique pour renforcer la sécurité des citoyens, c'est notemment l'instauration d'une surveillance caméra des lieux publiques. On peut dès lors s'étonner: Est-ce que l'UMP prônerait par sa politique sécuritaire de menacer la liberté individuelle? Est-ce que l'UMP se rapprocherait par cette surveillance d'un "totalitarisme"?
Finalement, quand les politiques tournent maboules et s'offusquent en dénonçant ce que par ailleurs ils prônent, lorsque le pouvoir en place assure l'indépendance de la presse tout en la censurant, lorsque des émissions de grande qualité passent aussi facilement à la trappe, alors il est temps de se poser quelques questions: que reste-t-il de la démocratie? Que devient le pouvoir public? Que reste-t-il de l'intérêt général? Comment, dans ces conditions, imaginer faire de l'espace médiatique un lieu d'intelligence à la portée de tous? Et puis aussi: jusqu'où peut aller le mépris de certain dirigeants?
Faire de la politique est quelque chose de noble. Servir le peuple est une ambition qui se doit d'être emprunte de respect, d'écoute, d'empathie et de compréhension.
La politique, c'est aussi le débat, même verbalement violent, c'est l'affrontement des idées, c'est la critique et la capacité à l'auto-critique, c'est accepter l'opinion différente, c'est chercher dans la différence la richesse et s'en nourir, c'est user d'intelligence pour imposer son idée et jamais user de force pour abbatre celle des autres.
Aligner tout le monde en un seul rang, ne plus parler que d'une seule voix et détruire ce qui est contrariant ne correspond pas à l'espace politique dont on peut rêver.
Si "faire de la politique autrement" c'est cela, alors il est temps de dire "non".
Si la politique des uns est de faire vivre les autres au rabais, alors la seule issue: dire "non".
Si la politique des uns c'est de n'accepter la politique que des uns, alors il faut que les autres disent "non".
Le "non" a aussi en lui sa vertu.
Commentaires
1. Le lundi 13 août 2007 à , par Gwen
2. Le lundi 15 octobre 2007 à , par nicolas sarkozy
3. Le mercredi 17 octobre 2007 à , par pm
4. Le jeudi 6 décembre 2007 à , par Rob
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