Je sais, c'est une erreur! Mais je me souviens encore avoir aimé une fille aussi douce et câline qu'un missel un jour de Pâques.
Je me souviens que je ne pouvais toucher ses lèvres qu'après m'être lavé la bouche de trois ave et deux pater.
Et la nuit tombée, après ses prières, j'entrais dans son corps comme on entre dans les ordres, avec dévotion et piété.
Alors, la bougresse s'allumait sous mes caresses et son corps s'enflammait comme un feu à la Saint Jean. Sa voix devenait grave et haletante tandis que ses yeux illuminés transperçaient mon âme d'une lumière vive et luxurieuse.
Elle m'ordonnait à cet instant de lui dire des mots abominables que son corps recevait comme une bénédiction. J'étais prié de l'écarteler sans aucune tendresse, comme sous les foudres de l’inquisition, de lui mordiller les seins auréolés de frissons et de la traiter comme une fille de petite vertu.
Et ce faisant, elle m'enrôlait dans une danse sensuelle où, en transe, elle battait avec allégresse, de ses cuisses légères et de ses fesses captivantes, un rythme diabolique qui faisait perler de mon front en chaleur des gouttes de sueur grosses comme des hosties.

Et lorsque son plaisir parvenait à son comble, il lui revenait à l'esprit, comme par miracle, d'en appeler à son dieu.

Quand le frisson expiatoire, je dirais même l'émoi cathartique, daignait finalement libérer son corps, on voyait naître une grimace folle sur son visage. Et dans de légers spasmes, son âme semblait subir les foudres d'une voix qu'elle seule devait entendre.

Alors, rougissante, les yeux fermés, elle me suppliait de bien vouloir me retirer dans une autre pièce afin qu'elle puisse en toute pudeur se rhabiller.
Et m'éloignant, je l'entendais prier.


Ricardo Cherenti