Un amour Hippique
Par Ricardo Cherenti, lundi 4 décembre 2006 à :: Je sème des mots, il pousse des phrases :: #52 :: rss
Nouvelle
Lorsque le soleil brille de tout son éclat et que le jour fait la promesse d’étendre en longueur ses caresses alors, l’âme en fleur, je quitte le bureau beaucoup plus tôt qu’à l’ordinaire et je m’en vais chercher ma femme. Il n’y a là aucun rite, juste un plaisir que l’on s’offre en amoureux. Un plaisir partagé. Nous en avons d’ailleurs conçu un jeu idiot. En effet, sitôt l’envie nous prend-t-elle que l’on met en branle une très charmante petite folie: le premier qui composera le numéro de l’autre remporte un trophé imaginaire. Et outre le mérite et un baiser, il revient à celui qui gagne de définir son désir. A celui qui perd de le réaliser.
Un jeu frivole, certes, mais qui a l’art de nous unir tous deux davantage encore. Et puis, quel que soit celui qui remporte notre jeu, nous sommes toujours tous les deux déclarés vainqueurs. N'est-ce pas d'une tendresse merveilleuse?
Il faisait si beau aujourd’hui qu’il n’était pas possible de résister! Impossible!
Bien que j’étais penché avec mon équipe sur un dossier de première importance, j’ai senti en moi l’appel de l’amour venir titiller mes émotions vives. Et c’est moi qui ai eu l’honneur de composer en premier le numéro de téléphone de ma femme. Un pur moment de bonheur.
Nous nous sommes donné rendez-vous devant la poste de la rue des Mésanges. Connaissez-vous cet endroit magnifique? C’est tout près du Café de la gare.
Je sais, j’exagère et mes collègues ont jeté sur moi un œil assez sombre de réprobation, mais comment ne pas faire passer le bonheur né de l’amour d’une femme avant le travail?
J’ai quitté mon bureau vers onze heures, laissant aux collègues le soin d’achever en urgence et sans délai ce dossier important et particulièrement délicat pour notre société. Quand l’amour et la douceur du temps s’allient, il n’y a rien à faire d’autre que de s’y soumettre. Personne ne me dira le contraire.
A 11h25, j’étais devant la poste de la rue des Mésanges et, avec ma femme, nous sommes partis, heureux, amoureux et en chantant, vers la verte campagne des banlieues.
Nous avons roulé près d'une demi-heure en écoutant de la musique rock et en riant beaucoup. J’aime faire l’idiot au volant. C’est une habitude que j’ai prise pour occuper ma femme qui a une fâcheuse tendance à dormir dans une voiture. C’est ce que j’appelle "de l’idiotie bien utile".
Une fois arrivés à bon port, nous avons marché d’un pas alerte dans les bois, jusqu’à découvrir un endroit magnifique, calme, serein et bucolique. Un endroit idéal pour nous reposer. Et puis, comme le lieu était aussi paisible que beau, nous avons décidé d’y étendre notre nappe.
Tout proche, à deux pas, ruisselait une petite rivière. Et c’est accompagnés de la musique fraîche d’une eau coulante que nous avons dîné d’un morceau de pain gris et de fromage de chèvre.
Ma femme ayant perdu à notre jeu avait pour rôle de nous fournir en nourriture et en baisers. J’ajoute que ma femme n’a pas à faire d’efforts pour préparer avec plaisir ces petits moments d’intimité. Son sens aigu de l’organisation et son goût pratique ne sont jamais en défaut.
L’instant était si délicieux que nous nous sommes laissés aller à une petite sieste, allongés sur l’herbe avec pour seule couverture nos bras emmêlés.
Ce sont ces petits moments de bonheur qui font l’épaisseur d’une vie. Et ces moments, je les savoure plus que tout. Rien ne pourrait m’y faire renoncer.
Quand nous nous sommes réveillés, le temps était à la douceur et à la tendresse, et nous avons fait rouler nos corps dans l’herbe chaude avant de nous jeter dans l’eau fraîche de la rivière.
Puis, pour nous dégourdir un peu les jambes, nous avons marché à travers les prés dans la direction de la forêt de pins. C’est là que j’ai poussé mon premier hennissement.
Sur le moment, je n’y ai prêté aucune attention. Ma femme non plus d’ailleurs. Nous avons juste pensé tous les deux que je devais avoir un petit problème digestif et, pour me remettre d’aplomb, sans véritablement y réfléchir, j’ai brouté un peu d’herbe.
C’est quand je me suis mis à galoper dans la prairie que j’ai commencé à me poser de sérieuses questions. Et, inquiet, j’ai regardé ma femme pour lire dans l’expression de son visage une réaction.
Ma femme, comme j’ai pu l’exprimer déjà, a un sens pratique à toute épreuve. Et ça peut être déconcertant quelquefois. Elle observe la situation avec intensité, analyse longuement les choses, puis après avoir bien considéré les faits, elle voit toujours le meilleur parti à tirer de la situation, quelle qu’elle soit.
Comme nous dépassions le sens commun dans cette étrange affaire, je pensais bien pour une fois la prendre en défaut. Pensez-vous! Bien sûr que non. On ne prend jamais ma femme en défaut de sens pratique. Je l’ai bien vue me scruter droit dans les yeux pour juger de ce qu’il fallait conclure de mon état.
Elle a commencé par attacher un à un les sacs à mon cou. Après quoi elle est montée sur mon dos et, tapant des pieds sur mes côtes, m’a crié : "Allez, hue!".
Ricardo Cherenti
Commentaires
1. Le mardi 5 décembre 2006 à , par cergie
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3. Le mardi 5 décembre 2006 à , par Ricardo
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