Cela fait 30 ans qu'est né en France le "Conservatoire du littoral", conservant ainsi dans le domaine public un "bien commun", à l'abri des investisseurs et des marchands.

C'est quoi le Conservatoire du littoral? C'est un établissement public (membre de l'Union mondiale pour la Nature) créé en 1975 en vue de protéger les espaces naturels et les paysages sur les rivages maritimes (1). Pour ce faire, le Gouvernement lui vote un budget annuel conséquent (en 2006 celui-ci s'élève à 35 millions d'euros) et lui confère comme mission d'acquérir des terrains du littoral français. Ces terrains sont remis en état et leur gestion est confiée aux communes (avec un cahier des charges et avec l'aide de spécialistes).

Des chiffres sont intéressants:
Budget annuel: 35 millions d'euros.
L'équipe est relativement réduite: +/- 100 personnes (le budget est ainsi consacré à l'acquisition des terrains et non au personnel).
2.000 à 3.000 ha acquis chaque année.
Les collectivités locales recrutent du personnel pour assurer la "garde" du littoral.

Au-delà, retenons l'idée comme essentielle. Elle s'organise sur l'édifice du "bien commun" et tend à redonner une valeur primordiale à la "gratuité" en considérant qu'il existe des espaces qui ne peuvent en aucun cas faire l'objet d'une commercialisation. L'accès à la mer, tant l'accès physique d'ailleurs que visuel, doit pouvoir être libre et gratuit. L'Etat s'y engage et signe là une action qu'il serait bon de méditer (dans ce domaine comme dans d'autres) et qu'il serait urgent de copier. Cependant, n'imaginons pas que cet édifice soit "naturel" ou "irréversible". On entend ci et là des voix qui remettraient volontiers en cause le conservatoire ou, pour n'avoir pas à être impopulaire en le supprimant, réduiraient drastiquement le budget alloué. Il faut dès lors une attention permanente du public pour ne pas voir détricoter cet outil de qualité.

Nous avons ici parlé du littoral mais nous pouvons bien entendu citer d'autres aspects du patrimoine historique, géographique et culturel qui mériteraient eux aussi le même traitement. De la même manière, nous pouvons également citer des domaines aussi sensibles que la médecine, l'éducation, l'eau, certains axes de la culture, ...
La notion de "bien commun" est à redéfinir en prenant en compte de tels exemples. Les Etats doivent ensuite trouver les moyens de mettre en oeuvre une politique cohérente dans ces domaines. L'exemple français est pertinent, faisons de lui une source d'inspiration et réfléchissons ensemble à redonner force à l'espace public.


(1) Pour davantage d'informations: http://www.conservatoire-du-littoral.fr/front/process/Home.asp